Islam, tolérance et liberté
d’expression
Vous avez consacré une page à l’islam suisse dans votre édition du 26 mars
dernier. La religion musulmane y est présentée, à commencer par le titre
général, comme victime de notre intolérance. Mais si l’on prend la peine
d’examiner de près certaines des revendications brandies, force est de
constater qu’elles mettent en cause la Constitution, la loi ou l’intérêt
général.
1. Carré musulman dans les cimetières. Vous le rappelez judicieusement, des
dérogations ont déjà été accordées à Genève à la communauté musulmane.
Pourquoi les musulmans genevois ne s’en satisfont-ils pas? Parce que l’islam,
comme la religion juive d’ailleurs, interdit que les tombes ne soient pas
perpétuelles, au sens strict du terme. L’aliénation du domaine public que ce
principe foncier suppose se ferait évidemment au préjudice de tous les citoyens
contribuables. Quand on connaît le prix du m2 dans certaines communes, voilà
qui laisse songeur.
2. Abattage “hallal” du bétail. Comme l’abattage casher, l’abattage rituel
que préconise l’islam est en contravention manifeste avec la loi fédérale
interdisant tout traitement cruel envers les animaux.
3. Voile islamique. Conscients d’avoir perdu la partie avec l’institutrice
genevoise, certains musulmans suisses se battent pour que soit reconnu aux
fillettes musulmanes le droit d’arborer le voile à l’école. Pour l’instant, si
l’on s’en tient à Genève, le port du voile est, pour les élèves, une simple
tolérance. Mais il n’échappe à personne qu’il s’agit en fait d’un intolérable
étendard politico-religieux dont le port ostentatoire, par des adolescentes
manipulables, vise à militer, volontairement ou non, pour ce que l’islam
contient de plus rétrograde: l’infériorité sexuelle, sociale et juridique de
la femme. Et ce faisant, d’une part désigner comme de mauvaises pratiquantes
les musulmanes non voilées; d’autre part, afficher un mépris hautain pour la
constitution suisse et le principe d’égalité des sexes qui y est inscrit.
Ajoutons que les musulmans modérés font régulièrement l’objet, à
l’intérieur de leurs communautés, de terribles pressions de la part de certains
islamistes [1]: on comprendra
sans peine qu’il s’agit là d’une épreuve de force qu’entendent imposer à la
démocratie suisse les tenants les plus obtus de l’intégrisme musulman. Avec une
tactique qui, pour être éculée, n’a hélas rien perdu de son efficacité: aux
républicains démocrates qui entendent rappeler la primauté du droit positif sur
la loi religieuse, les intolérants renvoient en boomerang l’intolérance
supposée des laïcs opprimant sans vergogne, au nom d’un européanocentrisme
arrogant [2], les croyants
sincères que les islamistes assurent être. Bref, les intégristes, ce seraient
les démocrates. Sachons déjouer ce piège grossier et redisons haut et fort,
après Voltaire et quelques autres: pas de tolérance pour les intolérants.
François Truan
Vice-président de l’Association suisse
pour la laïcité
[1] Nadia Karmous, secrétaire générale de l’Association culturelle des femmes musulmanes de Suisse, s’est livrée, à propos de l’élève interdite de voile par la commission scolaire de la Chaux-de-Fonds, à une bien étrange palinodie (cf. le Nouveau Quotidien du 30 janvier 1998, ainsi que l’émission Mise au point de la TSR du 15 février 1998).
[2] C’est exactement le type d’argument qu’on sort pour justifier que les droits de l’homme ne soient pas appliqués en Chine de la manière dont on les conçoit en Europe depuis les Lumières.