[Laïcité et athéisme]
Dans l’interview précitée, les termes laïc, laïque et laïcité sont
utilisés une dizaine de fois.
Précisons d’abord qu’il convient de
distinguer laïc - terme s’opposant à clerc au sens de membre du clergé - et laïque - terme s’opposant à clérical, au sens de partisan du pouvoir
politique de l’institution ecclésiastique.
Il a plus: dans ses diverses
occurrences, la laïcité est assimilée à la libre pensée, voire à l’athéisme.
Pour avoir assisté à l’une des conférences du R.P. Ringlet, nous sommes en
mesure de lui faire porter l’entière responsabilité de cette redoutable
confusion. Nous avons d’ailleurs tenté, lors du débat qui a suivi sa causerie,
de lui faire entendre qu’il commettait une grave erreur lexicale. Il nous donné
raison puis a persisté à opposer croyants et laïques. Comprenne qui peut.
Il n’est pire sourd que qui ne veut
entendre, dit l’adage. La surdité des uns n’entraînant pas le mutisme des
autres, nous allons tenter de dissiper, une fois de plus, le préjugé qui nous
colle aux basques. Un préjugé entretenu par les cléricaux. A les en croire, la
laïcité resterait, comme sous la Troisième République française, un repaire
d’athées blasphémateurs et bouffeurs de curés. Anticléricalisme primaire,
assurent-ils. Anticléricaux, nous le sommes assurément, mais au seul sens
défini au deuxième paragraphe: nous ne concédons à aucune croyance, religieuse
ou non, le droit d’imposer à qui que ce soit un mode de vie ou de pensée. Mais
nous ne sommes en rien antireligieux. Notre association compte d’ailleurs un
pasteur, un athée, des agnostiques. Et des parents donnant à leurs enfants une
instruction religieuse. L’erreur récurrente du R.P. Ringlet ne fait
qu’entretenir une confusion qui déconsidère la laïcité en tant que valeur
fondatrice et régulatrice du débat démocratique.
Redisons-le jusqu’à la lassitude: la
laïcité n’est ni pour ni contre quelque conviction que ce soit. Elle exige
simplement, pour que l’expression des multiples croyances ne transforme pas
l’espace public en champ de bataille, qu’elle se fasse avec tolérance. Et que
chacun renonce à dicter à ses concitoyens la
voie permettant d’accéder au bonheur. Qui, cela va sans dire mais cela va
mieux en le disant, reste une affaire privée. Les nombreux crimes commis, pour
le bien des victimes, au nom d’une religion ou d’une idéologie, montrent
clairement que seule la laïcité peut asseoir durablement le pluralisme
démocratique. Donnant à l’État un irremplaçable rôle d’arbitre, elle permet de
lutter contre toute tentative d’imposer à la cité quelque totalitarisme que ce
soit.
Ainsi comprise la laïcité garantit la
liberté d’expression et la paix
civile.
Yves Scheller, président,
et François Truan, vice-président
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