Référence: votre
article “Le repos troublé d’un cimetière
musulman”, Libération du
06-07/11/199
Après le foulard, les tombes:
décidément, les croyants français ont de plus en plus de peine à respecter la
loi commune française. Que dit-elle, la loi commune française, par exemple sur
le foulard? Que l’exhibition ostentatoire dans une école, bâtiment
institutionnel par excellence, d’un symbole politico-religieux bafouant
ouvertement le principe d’égalité des sexes inscrit dans la Constitution, n’est
pas acceptable. Le Conseil d’État l’a bien compris, qui vient d’admettre qu’un
chef d’établissement a le droit de renvoyer une élève refusant d’enlever ledit
foulard. La presse française ne s’en est guère fait l’écho, on se demande bien
pourquoi.
Et que dit-elle, la loi commune
française, en matière de rites religieux? Que ceux-ci peuvent être librement
accomplis, pour autant qu’ils ne troublent pas l’ordre public, n’offensent pas
les bonnes mœurs, ne causent aucun tort à la cité et ne constituent pas une
discrimination en faveur d’une communauté - donc au détriment des autres. Au
nom de ce principe, on accordera à ceux qui le demandent une orientation
particulière des tombes - notons que Juif ou Musulman, il faut disposer d’un
géomètre compétent pour viser juste et ne pas se tromper entre La Mecque et
Jérusalem ... Mais on refusera que soit reproduite dans nos cimetières la
discrimination spatiale que les intégristes, dans chaque religion, ne manquent
pas de faire entre les vrais croyants - eux-mêmes - et leurs coreligionnaires.
De même, on refusera aux hindouistes de brûler leurs cadavres à l’air libre
puis d’en jeter les cendres dans des eaux vives - sinon, bonjour le spectacle
et bonjour la pollution. Dans le même ordre d’idées, c’est par souci de
conserver intactes leurs nappes phréatiques que les Suisses n’autorisent pas
l’ensevelissement des juifs et des musulmans dans le seul linceul
traditionnel.
En l’espèce, demander que les tombes
des musulmans soient perpétuelles, c’est réclamer un privilège. Ce dans l’exacte
mesure où ce droit ne peut être accordé à tous les citoyens, quelle que soit
leur (non) confession. Au nom de quoi, catholique, protestant, juif ou athée,
n’aurais-je pas le droit, une fois enterré, de recevoir à perpétuité la visite
de mes proches?
Ni discrimination ni privilège, tel est
bel et bien le slogan sans lequel toute démocratie est un leurre. Et qu’il y
ait effectivement, dans certains domaines, de criants et scandaleux privilèges,
n’autorise personne à s’en réclamer pour accréditer ceux qu’il exige pour
soi-même.
Il est clair que tel n’est pas le point
de vue de votre journaliste, qui se fait complaisamment l’écho des cris
d’orfraie que poussent les pratiquants se prétendant offensés: ne va-t-il pas
jusqu’à titrer “Le repos troublé d’un cimetière musulman”?
François Truan
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