[Les Eglises et l’œcuménisme]

 

Dans un article paru le 1er novembre, Patricia Briel salue la déclaration que catholiques et luthé­riens viennent de cosigner sur la doctrine de la justification. Elle mentionne en passant que les indulgences, remises à l’honneur pour l’an 2000, seraient “sources de frictions entre les deux confessions”.

Soyons précis: l’Enchiridion indulgentiarium récemment publié par le Grand Pénitencier (il y a à la curie un cardinal portant ce titre), détaille pèlerinages, exercices de piété, méditations accom­pagnées de prières et autres initiatives donnant droit à des indulgences. Non seulement pour les vivants, mais aussi pour les âmes retenues au purgatoire. A raison, sous sa forme plénière, d’une seule par jour. Comme si les 95 thèses d’Augsbourg n’avaient pas existé!

On est donc en droit de se demander comment les luthériens peuvent accepter le double langage des catholiques. Serait-ce qu’ils y auraient intérêt? En fait, cela relève d’une stratégie de marke­ting. Confrontées à une désaffection croissante de leurs fidèles, les religions monothéistes, en tout cas en Europe, s’efforcent d’accréditer qu’elles sont peu ou prou réconciliées, en feignant d’être quasiment d’accord sur ce qui divise leurs fidèles et amène ceux-ci à s’entretuer au nom de Dieu.

Tel est le but d’une autre déclaration interconfessionnelle, lancée elle à Genève dimanche 24 oc­tobre: on y “délégitimise” la violence commise au nom de Dieu, mais aucun pasteur d’aucune confession ne l’y condamne expressément là où elle se déchaîne actuellement: en Irlande, en Inde, au Pakistan, en Palestine, en Israël, dans les Balkans, en Iran, en Afghanistan, au Timor, etc.

Si quelqu’un s’avisait de lancer une pétition condamnant énergiquement le sida ou la guerre, y consacreriez-vous un article aussi long et aussi peu critique?

François Truan

Prévessin-Moëns

(1803 signes)


L’article “La Genève interreligieuse s’élève contre la guerre”, paru dans votre édition des 23-24/10/1999, a retenu toute notre attention. Il y est fait état d’un appel que des représentants islamique, orthodoxe, bouddhiste, juif, protestant, catholique-chrétien et catholique-romain ont lancé dimanche 24 octobre à Genève pour délégitimer la violence commise au nom de Dieu.

Sans remonter au déluge, rappelons qu’au cours de la dernière décennie:

            - des catholiques irlandais ont assassiné des protestants irlandais;

            - des protestants irlandais ont assassiné des catholiques irlandais;

            - des hindouistes hindous ont assassiné des chrétiens allogènes;

            - des musulmans hindous ont assassiné des hindouistes hindous;

            - des juifs israéliens ont assassiné des musulmans palestiniens;

            - des musulmans palestiniens ont assassiné des juifs israéliens;

            - des musulmans algériens ont assassiné des musulmans algériens;

            - des chrétiens orthodoxes serbes ont assassiné des musulmans kosovars;

            - des musulmans indonésiens ont assassiné des catholiques timorais;

            - etc. etc.

Aucun des signataires de l’appel n’a, à notre connaissance, condamné clairement et vigoureu­sement les violences que leurs propres coreligionnaires commettent au nom du Dieu qu’ils prient.

Comme Molière le fait dire à Dom Juan: “Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. (...) L’hypocrisie est un vice privilégié qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d’une impunité souveraine.”

Yves Scheller, président

(10, chemin de la Gouille noire - 1225 Choulex - 022/750 10 09))

et François Truan, vice-président

(86, chemin Pré de Planche F - 01280 Prévessin-Moëns - 059 / 450 40 89 60))

(1561 signes)