[Sur les carrés musulmans dans les
cimetières]
Vos articles “Un élu demande des secteurs juifs ou
musulmans dans les cimetières, “La Tribune de Genève” des 31.10 / 01.11 /
1998
Vous consacrez deux articles aux difficultés auxquelles les musulmans et
les juifs de Genève se heurtent pour procéder à l’enterrement rituel de leurs
morts. Selon vous, la laïcité en
serait l’unique responsable. Les laïques, une fois de plus, passent pour
d’affreux bouffeurs de religions. Or la laïcité est, par définition, respectueuse
de toutes les croyances. En l’espèce, aucune des prescriptions funéraires de
l’islam et du judaïsme n’est en soi incompatible avec la laïcité. S’il est
impossible de garantir aux musulmans et aux juifs une sépulture éternelle,
cela est dû uniquement à l’exiguïté du territoire genevois. Laquelle ne permet
pas d’agrandir les cimetières à l’infini. Nous nous réjouissons donc que les
représentants des deux religions concernées soient enfin prêts à tenir compte
du problème strictement pratique que pose le caractère perpétuel de leurs
sépultures.
On voit que ce n’est pas la séparation des Églises et de l’État qui empêche
ces rites, mais leur inadéquation aux lois communes telles qu’elles sont
définies démocratiquement par les citoyens formés en communauté politique et
indépendamment de leurs appartenances particulières, notamment
confessionnelles. Par exemple, les hindous devraient, pour obéir aux
prescriptions rituelles de leur religion, incinérer leurs morts le jour du
décès et répandre les cendres dans des eaux vives après un deuil de trente
jours. Or cette pratique est incompatible avec le droit suisse.
En d’autres termes, il nous faut savoir si nous voulons continuer de donner
aux lois communes la priorité sur les innombrables rites communautaires. C’est
plutôt là que le bât blesse et que la laïcité intervient, en effet.
Yves Scheller, président
et François Truan,
vice-président
de l’Association
suisse pour la Laïcité