[Sur l’enseignement de l’histoire
religieuse à l’école publique]
Faut-il enseigner la religion à
l’école?
Le titre de votre article est un
programme en soi. Il invoque d’emblée “les” experts. Quels experts? La laïcité
a-t-elle été représentée dans le groupe de travail? Nous sommes à notre connaissance
la seule association suisse défendant la laïcité. Nous avons demandé par écrit,
en novembre 1997, de participer aux travaux de la commission Hutmacher. Notre
lettre est restée sans réponse. La commission aurait-elle confondu laïcité et
athéisme?
Dans le titre, aussi, ce pluriel: “phénomènes religieux”. Contredit par
le nom de la commission, qui se limite à la “culture judéo-chrétienne”. Faut-il
en déduire qu’aucune autre croyance ne fait partie des “communautés ecclésiastiques reconnues”? Mieux encore: depuis quand
l’État laïque se mêle-t-il de “reconnaître” une “communauté ecclésiastique”?
Pourquoi un enseignement du “fait
religieux” à l’école laïque? L’inculture religieuse des jeunes? Mais leur
inculture est, il faut le reconnaître, générale (et parfois abyssale), et il
n’est pas moins important de comprendre une allusion à la mythologie grecque ou
à la philosophie platonicienne qu’une allusion à la Bible. Offrir des “outils
intellectuels pour discerner le bon grain de l’ivraie”? A l’école, cela s’appelle former à l’argumentation, laquelle
enseigne à l’élève qu’en recourant au raisonnement, il saura mieux distinguer,
non “le bon grain” de “l’ivraie”, mais le vrai, ou du moins le vraisemblable,
du manifestement faux. Rien de plus efficace pour éviter les superstitions sur
lesquelles s’appuient les sectes. Quant aux dérives sectaires, l’État s’occupe
en ce moment même de leur donner la seule réponse qui convienne: une réponse
pénale. Le multiculturalisme genevois? Il y a belle lurette que l’école
genevoise en a fait le constat et en a tiré matière et exemples pour apprendre
la tolérance aux élèves.
Reste la question du “champ religieux”.
Il a évolué en vingt ans? Dans quel sens? En fait, ce sont les milieux cléricalistes
les plus réactionnaires qui, déboussolés par une pratique religieuse en chute
libre, cherchent à s’immiscer dans l’instruction publique. Peignant le diable
sur la muraille, ils comptent sur le politique pour échapper à une crise
idéologique qui contribue à vider les lieux de culte. Enseigner les seules
idéologies religieuses en oubliant en route le matérialisme, qui, depuis
l’Antiquité, a tout autant marqué l’Occident, c’est prendre parti. Ce que ne
saurait faire, justement, un état laïque.
S’il s’agit d’amener les élèves à une
“citoyenneté ouverte sur le monde”, un enseignement transmettant un savoir
humaniste diversifié et exerçant systématiquement l’esprit critique répond à
cette exigence. Notamment en abordant les idéologies, dont les religions font
partie, comme autant de composantes, parmi d’autres, de l’histoire des idées et
des civilisations.
Pour l’Association suisse pour la laïcité:
Yves Scheller, président
et François Truan, vice-président
Nous tenons à vous remercier du dossier que vous avez
constitué sur les sectes (Construire
du 02.11.00). Vous nous permettrez, toutefois, de critiquer partie de vos
conclusions.
On omet toujours de dire que la majorité des sectes sont
inoffensives. La laïcité défendant d’abord la liberté de conscience, on ne
saurait limiter cette dernière à cause des excès de quelques sectes
dangereuses. Il faut évidemment réprimer, à l’aide des lois existantes, les
crimes et délits qu’elles commettent: les articles du code pénal relatifs à la
fiscalité et à l’escroquerie suffisent la plupart du temps. Restent les délits
de manipulation mentale et d’exercice illégal de la médecine, difficiles à
définir en droit pénal.
Les cours d’histoire religieuse à l’école sont illusoires:
1.
Enseigner n’est pas informer: l’école n’a pas à compenser les défaillances des
instances - parentale notamment - dont le rôle est d’informer.
2.
Enseigner la cuisine à l’école, voire la diététique, n’empêchera aucun élève de
devenir obèse. Le savoir ne résout pas tout. Hélas.
3. Seul le
lobby interreligieux souhaite introduire ces cours. Ils n’intéressent personne,
mais pourraient convertir quelques brebis que l’échec de la catéchèse
traditionnelle tient éloignées du bercail religieux. Ce n’est pas un problème
scolaire.
4. Charger
l’école de compenser les échecs de la sphère sociale ou privée (le fiasco des
catéchèses en fait partie) revient à la charger de jouer les ambulances.
L’école doit se concentrer sur sa fonction de transmission des connaissances,
au gré d’un enseignement fondé en raison, comportant la mise à distance
critique et pariant sur l’assimilation à long terme des connaissances.
Pour l’info kleenex, le journal télévisé suffit.
Yves Scheller,
président,
et François Truan,
vice président
(1738 signes)