Citations
Les gynécologues obstétriciens refusent d'être contraints
d'accepter les pratiques religieuses de leurs patientes. Laïques et fiers
de l'être (par
Jacques Lansac, Bernard Blanc, Joëlle Bélaïsch-Allart,
Bruno Carbonne, Patricia Monnier-Barbarino, professeurs de gynécologie
obstétrique, membres du Collège national de gynécologues
et obstétriciens français)
| Paru dans Libération, jeudi 22 avril 2004 | ![]() |
A l'heure de la loi sur la laïcité où tout tourne autour du foulard islamique, permettez aux gynécologues obstétriciens qui écoutent et soignent les femmes de dire que le problème n'est pas dans les dimensions du voile ou du bandana ! Il est dans la liberté des femmes à décider de leur vie, à décider de leur corps. Là, toutes les religions s'y mettent : l'Eglise catholique leur refuse les méthodes de contraception moderne, pilule ou stérilet, et bien sûr l'avortement, à tel point que des groupes intégristes se sont introduits dans les hôpitaux pour empêcher le fonctionnement des services. Les gynécologues obstétriciens ont dû appeler la police dans l'enceinte de nos hôpitaux pour protéger les femmes et les personnels hospitaliers contre ces agressions violentes. C'est l'Eglise catholique encore qui condamne les procréations médicalement assistées, même intraconjugales, qui permettent pourtant à des couples frappés d'infertilité d'avoir la joie d'être parents. Une unité de procréation médicalement assistée a fermé ses portes à l'hôpital du Bon-Secours à la demande de l'évêché de Paris en 1986...
Les témoins de Jéhovah veulent nous faire signer des documents nous obligeant à ne pas faire de transfusions aux femmes que nous accouchons, césarisons ou opérons. Il faut pourtant redire que l'hémorragie lors de l'accouchement est la première cause de mortalité maternelle en France et qu'une étude américaine publiée en 2001 a montré que, chez les témoins de Jéhovah, la mortalité des femmes qui accouchent est quarante fois supérieure à celle des femmes qui n'appartiennent pas à ce groupe. Sachant cela, allons-nous laisser mourir une maman qui vient de donner la vie et laisser un ou plusieurs enfants orphelins pour respecter les convictions religieuses de ces patientes ?
L'islam ne se contente pas de réclamer un examen des patientes par des médecins ou des sages-femmes du même sexe. Certains maris poussent leur femme à refuser une césarienne au motif que cela risque de diminuer le nombre des grossesses. Les gynécologues obstétriciens las de discuter à 3 heures du matin et vu l'urgence doivent demander au procureur de la République l'autorisation de faire une césarienne contre l'avis de la femme et/ou de son mari dans l'intérêt de l'enfant à naître. Ce sont ces mêmes maris qui refusent une ligature des trompes demandée par une femme épuisée par de multiples grossesses et ne pouvant recourir à d'autres méthodes de contraception. Ce sont les gynécologues obstétriciens qui sont aussi régulièrement sollicités pour faire des certificats de virginité à des jeunes filles traînées à l'hôpital par leur père ou leur mère qui veulent les marier souvent contre leur gré. Notre devoir est, avec le soutien du Conseil national de l'ordre des médecins, de refuser de produire ces documents au nom de la dignité de ces jeunes femmes. De même, nous devons refuser les interventions pour demande de réfection de l'hymen. Faut-il faire prendre les risques même minimes d'une intervention chirurgicale pour le simple désir de respecter la coutume du drap sanglant exposé au lendemain d'une nuit de noce ?
Alors, à l'heure où la société, majoritairement sans pratique religieuse, nous demande une médecine scientifique basée sur les preuves avec un risque thérapeutique voisin de zéro, ou le moindre défaut de l'enfant né nous est reproché, il faudrait que nous acceptions toutes les contraintes religieuses et supprimions planning familial, diagnostic prénatal, procréation médicalement assistée, pour nous consacrer à la réfection d'hymens et pourquoi pas demain à l'excision ! !
En ce début de XXIe siècle, c'est à la déesse Raison qu'il faut d'urgence consacrer un jour chômé.
L'ethnocentrisme égalitaire, extrait
de Marcel Gauchet, Quand les droits de l'homme deviennent une politique,
Gallimard, revue Le Débat, n° 110, mai-août 2000, pp. 281-282.
[Note de l'ASL pour une meilleure compréhension du début de l'extrait : M. Gauchet parle ici de la nouvelle "foi idéologique" des droits de l'homme, sûre d'elle et dominatrice, fonds de commerce ordinaire du discours contemporain, dont il vient de démontrer les effets de régression intellectuelle]
Encore
ne saisit-on là que ses effets indirects de dissuasion, consistant à
rendre la culture indifférente et la réflexion inutile, collectivement
parlant. Mais elle comporte des suites directes autrement offensives. Elle se
traduit dans un ethnocentrisme et un présentisme d'un genre nouveau, un
ethnocentrisme et un présentisme égalitaires, qui, avec les meilleures
intentions du monde, rendent le passé et le présent inintelligibles,
en interdisant de penser l'altérité des expériences humaines.
On est passé à grande vitesse aux antipodes de l'ethnocentrisme
hiérarchique de l'Occident impérialiste, convaincu de représenter
l'aboutissement nécessaire et supérieur de l'histoire universelle,
aboutissement du haut duquel la modernité conquérante jugeait avec
condescendance les civilisations du passé et les cultures exotiques. Loin
de ces monstruosités coloniales et téléologiques, il est
officiellement entendu, désormais, qu'il n'y a plus, en fait de cultures
et de civilisations, que des différences de rang identique. Le seul ennui
est qu'au travers de cette abjuration solennelle on n'a fait, en réalité,
que changer d'ethnocentrisme, et que le nouveau est peut-être encore plus
toxique que l'ancien, parce qu'il a l'invulnérabilité aveugle de
la bonne conscience. Cette identité des différences est évidemment
décrétée depuis le présent, en effet, un présent
qui ne s'assume plus explicitement comme la clé du passé ou de l'altérité,
mais qui n'en continue pas moins de fonctionner comme tel en le déniant.
Les soi-disant " différences " que le présentisme nouvelle
manière affecte de cultiver sont des différences à l'intérieur
du même et d'un même qui lui ressemble aussi obligatoirement que fâcheusement,
de telle sorte que les vraies différences, celles qui font l'énigme
cruciale de l'histoire humaine, n'y ont plus droit de cité. Il oscille
entre l'inclusion forcée et le rejet incompréhensif, entre le procès
fait au passé et son assimilation enthousiaste - tout est pareil depuis
toujours, il n'y a partout que du semblable (du semblable dans la différence,
naturellement), la tradition est moderne, la modernité est traditionnelle,
la religion est raison, la raison est une religion, etc. Tantôt l'histoire
apparaît comme un défilé monotone de cultures libres et égales,
tantôt elle fait figure d'une interminable conspiration contre la liberté
et l'égalité. Il n'y a plus de place, dans un tel cadre, pour l'entente
de systèmes de valeurs aux antipodes du nôtre - entente supposant
l'unité de l'histoire humaine au travers et au-delà de ces divergences
d'orientation, c'est-à-dire le fait que des civilisations organisées
autour de ce que nous répudions, la domination, la guerre, l'inégalité,
n'en font pas moins sens pour nous. Il n'y a plus de place, de la même façon,
pour l'intelligence de l'exception moderne, pour la mesure de la bifurcation non
nécessaire qui a précipité l'avènement du monde de
l'individu, à contre-pente de l'ensemble des cultures et des civilisations
répertoriées. Il n'y a plus de place, autrement dit, pour la compréhension
de nous-mêmes dans la relativité des options qui gouvernent notre
monde au regard des autres univers de civilisation, entre ce qui nous en sépare
et ce qui continue de nous y relier. C'est l'un des plus profonds périls
qui nous menacent que cet enfermement en soi qui s'ignore, trompé qu'il
est par une ouverture de pacotille à une " diversité "
sans conséquence. Nous sommes en danger de devenir d'authentiques barbares,
des barbares avec la superstition du patrimoine, vénérant avec d'autant
plus de ferveur les reliques d'un passé muséalisé que la
signification des mondes dont elles surnagent leur est définitivement fermée.
Tarik
Ali in Libération, supplément Livres, 25 septembre 2003,
p. XI
Question de Yann Perreau : " En tant qu'arabe, vous vous définissez comme un " musulman non musulman " ?
- J'essaye, par cette formule, d'expliquer qu'il est possible de faire partie d'une culture et d'en aimer de nombreux aspects, sans forcément en partager la religion. Cette idée se réfère plus précisément à une formule de l'historien Isaac Deutscher - qui se définit comme un " juif non juif".
Il est néanmoins souvent difficile, pour nous musulmans, d'affirmer notre athéisme et de l'exprimer publiquement. Après cette déclaration, j'ai ainsi reçu beaucoup de lettres de musulmans du monde entier. Certains (surtout ceux de la diaspora) me disaient : " Oui, mais si l'on devient athée comme vous, est-ce que cela ne signifie pas que nous devons abandonner notre identité ? "
Pour nous,
il faut, petit à petit, et à travers des actes comme celui-là,
battre en brèche la mainmise du clergé - qui estime qu'il a le monopole
d'interprétation des textes de l'islam. Ces textes nous appartiennent à
tous, croyants comme athées. Nous avons le droit d'en discuter voire de
les critiquer.
Tarik Ali , arabe et athée, figure de la gauche britannique depuis les années 60, directeur de la New Left Review - principale revue théorique de la gauche en Grande-Bretagne - auteur de Le Choc des intégrismes, croisades, jihad et modernité (Ed. Textuel) et de A l'Ombre du grenadier (Ed. Complexe), et ce printemps du discours Not In Our Names prononcé contre la participation de la Grande-Bretagne à la guerre d'Irak (remixé par le groupe hip-hop Asian Dub Foundation).
Henri Pena-Ruiz, écrivain et philosophe, ancien membre de la Commission
Stasi, auteur de « Qu’est-ce que la laïcité ? « (Gallimard) et
des « Leçons sur le bonheur » (Flammarion)
| Paru dans Libération, mercredi 15 septembre 2004 | ![]() |
Dans certains domaines, la loi du marché ne doit pas se substituer aux principes de solidarité.
Dans le même esprit,
aurait-on acheminé l'électricité là où il ne semblait pas d'emblée «rentable»
de le faire ? Qu'en chaque commune un bureau de poste remplisse sa fonction de
service public, et crée du lien social, au-delà de toute considération
strictement comptable, n'est pas non plus un luxe. Dans tous les cas, il s'agit
d'une exigence de solidarité. Cette exigence est aussi celle de l'égalité, qui
veut que nul ne soit victime de son lieu de résidence, ou de sa situation
sociale, voire souvent des deux. Son coût, puisque désormais ce critère est
devenu obsessionnel, peut d'ailleurs être largement assumé par la péréquation
qui fait que les équipements générateurs de profit compensent ceux qui sont
jugés déficitaires. Quand bien même cette compensation n'existerait pas,
faudrait-il accepter qu'en matière de service public seule règne la loi du
marché ? Il est étrange qu'une société qui produit aujourd'hui bien plus de richesse
qu'hier puisse tenir pour insupportable le coût des services publics, et que
ceux-ci soient constamment sur la sellette.
Le triste exemple des
chemins de fer britanniques, cassés par leur dévolution à des sociétés privées
indifférentes à toute idée de service public, n'est pourtant pas si loin. Il
nous instruit suffisamment de l'aberration et de l'inhumanité d'une application
aveugle du sacro-saint principe de l'ultra-libéralisme économique là où des
hommes sont en droit de donner vie aux exigences de la solidarité, de la
justice sociale due à tous, et incarnent ainsi, n'en déplaise aux tenants du
profit immédiat, l'intérêt économique bien compris, qui va de pair avec une
anticipation du sort global de la communauté humaine.
Comment admettre le
cynisme que peut atteindre le credo du marché lorsqu'il contamine ceux-là mêmes
qui devraient tenir pour un honneur de faire vivre le service public et les valeurs
de solidarité qui le sous-tendent ? Quelle régression ! Veut-on se satisfaire
désormais de la charité, en lieu et place de la justice sociale ? Marx parlait
jadis des «eaux glacées du calcul
égoïste» et remarquait que la religion était souvent instrumentalisée comme
«supplément d'âme d'un monde sans âme»
au lieu d'être cultivée comme une forme libre de spiritualité. Nous y sommes, à
nouveau. Le credo capitaliste mondial, pudiquement rebaptisé «libéral», entend
s'assujettir tous les champs de l'activité humaine, et s'imposer là où profit
et rentabilité n'ont pourtant pas de sens, sauf si le pari sur l'avenir délivre
des visions bornées, pour rappeler que l'intérêt à long terme est préservé,
justement, par les services publics. Qui ne se souvient de la catastrophique
politique du «tout route», conduite sous prétexte que le rail était «trop cher» ? Aujourd'hui, la pollution
et les méfaits d'une multiplication des poids lourds sur les routes rappellent
que ceux qu'hier on taxait de réactionnaires parce qu'ils mettaient en garde
contre des risques bien réels, font figure aujourd'hui d'avant-garde. Faut-il
rappeler des évidences ? Car enfin la santé, l'éducation et l'instruction,
l'accès à la communication et à l'énergie ne sont pas de simples prestations
commerciales. C'est pourquoi les grands services publics, qu'il s'agisse de la
distribution d'énergie ou des Postes et Télécommunications, de l'école ou de la
santé, doivent être pris en considération comme tels, dans leur fonction
sociale irréductible à une prestation mercantile. Il en va du bien commun,
sans l'existence duquel toute société se défait et chavire dans le conflit qui
naît des fossés qui existent entre les conditions de vie, et rend difficilement
crédible l'idée d'un monde commun à tous les hommes.
A noter d'ailleurs la
contradiction hébergée, si l'on y réfléchit bien, par l'idéologie de l'ultralibéralisme
économique. Celle-ci ne cesse d'en appeler à une responsabilisation des
«acteurs économiques», qu'elle croit devoir brandir contre l'«assistanat» que
représenterait l'action de l'Etat en faveur des services publics. Ainsi, au nom
de la vérité des prix et du refus des subventions publiques, il faudrait que
le prix du ticket de métro intègre en lui tous ces éléments de coût. Mais que
penser alors du fait que nombre d'entreprises n'assument pas quant à elles la
totalité des éléments de coût de leurs produits ? Laisser à la charge de la
collectivité la lutte contre la pollution, les soins prodigués à ceux qui
sombrent dans la dépression après une perte d'emploi, l'action contre la
déshumanisation des quartiers, n'est-ce pas se montrer irresponsable au sens
même où l'entendent les «libéraux» ?
Responsabilité ? Soit !
Que l'on réimpute aux entreprises les frais qu'elles laissent à la charge de la
collectivité ! Evidemment, ce défi ne sera pas relevé, mais sa force polémique
est utile pour rappeler au capitalisme mondialisé qu'il est lui aussi,
objectivement, en situation d'assisté, puisqu'il n'assume pas tout ce que
coûtent sa production et sa gestion.Prenons ainsi la mesure du caractère
insensé des discours sempiternels qui raillent l'«assistance» promue par l'Etat
social de droit, qu'on ose appeler «Etat-Providence», comme si les droits
sociaux qui humanisèrent le capitalisme avaient quelque chose à voir avec une
manne providentielle tombée un jour sur le désert.
Certes, il ne s'agit pas
de contester l'existence de dysfonctionnements dans les services publics. Et
il est légitime de chercher à optimiser ces services, en épargnant les deniers
du contribuable, notamment par la chasse au gaspillage, lorsqu'il existe, ou au
refuge dans l'anonymat lorsqu'il sert à refuser d'assumer la responsabilité
d'un acte ou d'un propos. Mais de ce légitime souci, on ne peut en aucun cas
glisser, sans mauvaise foi, à la mise en cause des services publics comme tels
et de leur principe constitutif. Le procès qui leur est fait sous l'emprise de
l'idéologie libérale contraste singulièrement avec le silence sur les erreurs
de gestion induites par la course effrénée au profit qui coûte si cher aux
salariés licenciés, voire les dérives de cette course jusqu'aux confins de la
légalité. Cessons, de grâce, de dénoncer les prétendus privilèges des
fonctionnaires quand on ne s'interroge pas sur les stock-options et le train de
vie que permet le régime fiscal des frais généraux des entreprises !
L'Europe à venir
sera-t-elle l'espace de progrès qu'elle prétend être ou devenir ? Si elle entend
transférer tous les services publics aux normes du marché, on peut en douter.
Car la dimension sociale sera nécessairement absente d'une logique mercantile
uniquement soucieuse de profits. Il y a là un débat essentiel, et il est
heureux qu'il se développe dans notre pays, non pour compromettre l'Europe,
mais pour savoir quelle Europe nous voulons. Et n'en déplaise aux europhiles
dépourvus sur ce point d'esprit critique, les deux questions ne sont pas identiques.
Surtout à un moment où les problèmes de ce type s'universalisent, et
concerneront bientôt le monde entier lui-même. Il est d'ailleurs paradoxal
qu'on ne cesse d'exalter l'Europe comme espace de démocratie et de souveraineté
populaire, de citoyenneté accomplie, alors que les citoyens, justement, sont de
plus en plus dessaisis de leur droit de regard au nom de la prétendue
objectivité des «lois économiques». On a même cru devoir forger un terme
péjoratif - le «souverainisme» - pour désigner l'attachement à l'exercice de la
souveraineté populaire, qui est pourtant une conquête de la Révolution
française étendue depuis à tous les pays démocratiques. Quelle Europe
voulons-nous ? La question est essentielle en ce qui concerne les services
publics, dont le principe n'est pas plus français que la pénicilline n'est
écossaise ou que l'habeas corpus
n'est anglais. En Espagne, en Allemagne, en Grande-Bretagne, et ailleurs,
l'idée d'une promotion sociale d'un bien commun soustrait au diktat du marché
est aussi à l'ordre du jour.
Pendant ce temps, dans
le ciel de la mondialisation, les nouveaux maîtres du monde jouent leur
mobilité sociale en classe affaires, et cherchent sans cesse à rattraper par la
géographie ce qu'ils avaient perdu par l'histoire : grâce aux délocalisations,
ils reconstituent les conditions d'exploitation dont ils jouissaient à l'âge du
capitalisme primitif. Le travail des enfants est passé de l'Europe à l'Asie ou
à l'Afrique. («Où vont tous ces enfants
dont pas un seul ne rit ?» Victor Hugo)
Il n'est pas rare de
voir dans certaines stations du métro parisien des SDF allongés, au petit
matin, sur des banquettes que surplombent d'immenses publicités où l'on peut
lire : «On aurait tort de se priver.»
Etrange monde en vérité que celui où le scandale a cessé de faire scandale, où
la misère moderne fait crever ses bulles de souffrance dans l'eau multicolore
des magies médiatiques. Comment y vivre heureux, de ce bonheur qui s'augmente
d'être partagé ? Comment y jouir de ce bien de chacun qui s'accroît d'être le
bien de tous ? Réveillons-nous. «Il ne
faut pas de tout pour faire un monde ; il faut du bonheur et rien d'autre.»
(Paul Eluard).
http://www.liberation.fr/page.php?Article=238605
Henri Pena-Ruiz, écrivain et philosophe, ancien membre de la Commission
Stasi, auteur de « Qu’est-ce que la laïcité ? « (Gallimard) et
des « Leçons sur le bonheur » (Flammarion)
PUBLIÉ SUR COMMUNAUTARISME.NET, lundi 4 septembre 2006
La religion n’est pas un service public
Nous
vivons un paradoxe. En ces temps d’ultralibéralisme économique, les missions
sociales de l’État sont contestées, et la privatisation générale des services
publics est mise à l’ordre du jour. L’État n’aurait plus à dépenser autant
d’argent dans ce qui pourtant concerne tous les citoyens : santé publique,
école publique, culture de haut niveau pour chacun, logements décents pour tous,
énergie et communication accessibles à tous, humanisation des espaces urbains.
En revanche, le même État devrait consacrer des fonds à la restauration du
financement public des religions, qui ne concernent pourtant que leurs seuls
fidèles. Ainsi, l’universel serait sacrifié sur l’autel du particulier. Voici
venir l’alliance de l’ultra-libéralisme économique et d’un nouveau
cléricalisme.
Une
telle perspective reproduit la formule thatchérienne. Celle-ci conjugua naguère
l’éradication du rôle social de l’État, comme des lois qui le faisaient valoir
dans la régulation de l’économie, et l’encouragement prodigué aux religions
pour qu’elles remplissent le vide ainsi créé. La charité en lieu et place de la
justice ; le supplément d’âme d’un monde sans âme. La religion préposée au
traitement de la délinquance que nourrit la déshumanisation mercantiliste. On
sait le risque pris alors. Les religions ainsi reconnues dans un rôle social
consacré par la sphère publique se contentent rarement de leur dimension
spirituelle désintéressée. Dans leur dérive dominatrice, certains de leurs
représentants entendent rétablir à leur profit des privilèges publics, et
régenter ce qui peut l’être des individus qu’ils prétendent secourir, parfois
pour mieux les encadrer. Les pressions du Vatican pour garder à l’Église une
place prépondérante dans la construction européenne, les cas de l’intégrisme
protestant aux USA, ou de l’intégrisme islamiste, en sont des exemples.
Cette
politique religieuse s’affirme souvent au nom de la « culture », voire
de la « différence » opprimée. La menace communautariste n’est pas
loin, qui dévoie la solidarité en soumission, et compromet la liberté de se
définir individuellement au nom d’une « identité collective »
contraignante. Il ne faut pas disqualifier ici la charité, mais rappeler
qu’elle n’opère que sur les effets de la détresse sociale, non sur ses causes.
Du fait du retrait d’un État garant du bien commun et de la solidarité, les
ressorts de l’exclusion, du chômage, et des discriminations à l’emploi ou au
logement demeurent intacts, et leurs conséquences s’aggravent. La référence
religieuse, dans ce contexte, peut se transformer en crispation identitaire et
faire naître un ressentiment compensatoire, lourd de danger, qui stigmatise
tout à tour la modernité, la démocratie, la raison, la laïcité, rendues
responsables de tous les maux. Le fanatisme découle d’un tel processus.
La
tentation d’attribuer à la laïcité la responsabilité de l’exclusion, et du
sentiment de stigmatisation éprouvé par certaines composantes de la population,
est devenue trop fréquente pour qu’on laisse se répandre une telle erreur de
diagnostic. C’est en solidarisant l’affirmation de l’idéal laïque et celle d’un
État promoteur de la justice sociale et du bien commun qu’on rendra crédible la
dimension émancipatrice de la République.
Laïcité :
le sens de la loi de séparation de l’État et des Églises
Première
évidence, longtemps niée : ce qui est de certains ne peut s’imposer à
tous, ni être à la charge de tous. Ainsi des croyances religieuses et de leur
mise en œuvre cultuelle, qui ne doivent engager que les croyants, et ne
sauraient engager les athées ou les agnostiques. La religion n’est pas un
service public. Sa fonction sociale ne concerne que ceux qui se reconnaissent
dans un credo. On n’imagine pas plus que les croyants aient un jour à financer
la diffusion de l’humanisme athée.
D’où
l’indissociabilité de trois principes laïques et républicains : la liberté
de conscience, l’égalité de droits sans distinction d’option spirituelle, et
l’universalité de l’action de la sphère publique, dévolue au seul intérêt
général. Ce n’est donc pas la seule égalité des religions qui doit animer la
conscience républicaine, mais l’égalité de traitement des croyants, des athées
et des agnostiques. La loi du 9 décembre 1905, en France, en tire les
conséquences en mettant un terme au régime discriminatoire des cultes
reconnus : « La République ne reconnaît aucun culte » (article
deux). Conséquence matérielle immédiate : la République ne peut non plus
salarier ni subventionner les cultes, pas plus qu’elle n’a à financer des
maisons de la libre-pensée ou des temples maçonniques.
Dans
un État laïque, tourné vers le bien de tous, la conviction religieuse et les
convictions athée ou agnostique sont reconduites au libre choix de la vie
spirituelle que permet l’émancipation de la sphère privée. Celle-ci a pour
condition l’indépendance de la sphère publique par rapport à toute emprise
confessionnelle. Dans les cas où la sphère privée ne dispose pas de son autonomie,
comme par exemple dans les communautés fermées où de fait se déroule la
totalité de la vie (les prisons, les hospices, les établissements scolaires
avec internat, les casernes) la liberté de la sphère privée suppose logiquement
l’accès des croyants à des services d’aumônerie, que l’État se donne les moyens
d’organiser, comme le prévoit la loi du 9 décembre 1905. Mais de tels services
ne sont pas de plein droit dans les établissements scolaires dépourvus
d’internat, ni dans les communautés ouvertes, si du moins on respecte la loi de
1905. La règle de la laïcité est donc simple : l’État ne doit se soucier
que de ce qui est commun à tous les citoyens, et ne saurait privilégier une
partie d’entre eux. Ni athéisme officiel ou subventionné ni religion officielle
ou subventionnée.
La
République a déjà bien assez à faire avec la promotion du bien de tous pour ne
pas se charger de ce qui ne concerne que la croyance de certains. La
distinction entre l’intérêt général et l’intérêt particulier implique entre
autres une frontière nette entre la culture et la religion, entre le culturel
et le cultuel. Brouiller ou relativiser cette distinction, c’est subvertir
insidieusement le partage laïque, pourtant clair. Il en est de même de la
distinction entre sphère privée et sphère publique. Ce qui est juridiquement
privé s’applique aussi bien à l’association collective de ceux qui partagent
une conviction particulière qu’à l’individu. La laïcité ne nie pas la dimension
sociale de la foi religieuse ou de l’humanisme athée, mais rappelle que leur
caractère particulier ne saurait sans mauvaise foi se donner comme universel.
La
laïcité serait-elle mise à mal par le fait que l’État entretient les lieux de
culte construits avant 1905 ? Ce point mérite analyse. La France comptait
en 1905 environ 34500 églises, biens nationaux depuis la Révolution. Dans un
état de droit, aucune loi n’est rétroactive. Comme il n’était pas question de
faire violence aux fidèles, ces édifices, hérités d’une histoire qu’on ne peut
réécrire, ont été laissés à leur disposition, l’État en restant propriétaire
avec les charges que cela implique. Privilège ? Non. Simple souci de paix,
et d’assumer un héritage tout en déliant la loi nouvelle de sa pesanteur. La
nouvelle règle, qui entre en vigueur à compter du premier janvier 1906, est
bien que désormais tout nouveau lieu de culte sera à la charge des fidèles de
ce culte, et d’eux seuls. Et ce point ne saurait être remis en question sans
atteinte à la laïcité. En revanche le droit pour les fidèles de construire de nouveaux
lieux de cultes doit être absolument respecté, ce qui interdit toute
discrimination foncière, toute entrave à sa mise en œuvre. Quant aux édifices
existants en 1905, ils ont également statut de patrimoine commun, d’héritage
culturel, et c’est aussi à ce titre que l’État, ou les communes, doivent
désormais les entretenir. C’est d’ailleurs au Ministère des Beaux Arts de
l’époque qu’est transférée la responsabilité de cet entretien, pour ce qui
concerne les monuments classés, les communes devant entretenir les autres
édifices.
Un
nouveau paysage spirituel ?
1905-2005...
Les choses ont bien changé, dit-on couramment, pour justifier une remise en
question des principes évoqués. Prenons donc la mesure exacte de tous ces
changements, sans en privilégier aucun. En 1905, l’Islam était peu présent dans
le paysage religieux. Il ne disposait donc pratiquement pas de lieux de culte.
Mais ceci n’était dû qu’à l’héritage historique. La laïcité a mis toutes les
religions sur le même plan en matière de droits, à compter du 1er janvier 1906.
Il faudrait, selon certains, corriger l’héritage historique de la France en
édifiant des mosquées sur fonds publics, du fait de l’importance prise par la
religion musulmane, notamment en raison de l’immigration maghrébine ou turque.
Il serait cependant hâtif et inexact de dire que toutes les personnes issues de
cette immigration sont forcément de confession musulmane, ou qu’elles le sont
de façon forte, ou encore qu’elles demandent un tel financement. Ne sont-elles
pas plutôt soucieuses de disposer d’un travail, d’un logement décent,
d’équipements scolaires et éducatifs de qualité, et de soins accessibles,
toutes choses dont la République a la charge, et qui facilitent une intégration
réussie bien plus que le privilège qu’on accorderait à ceux qui parmi eux
croient en Dieu et ont une pratique cultuelle assidue, très minoritaires selon
une enquête récente du Cevipof ? Il faut noter ici que les personnes
issues de l’immigration « économiseraient » dès lors des sommes non
négligeables. Celles qui le souhaiteraient, et seulement elles, pourraient
ainsi d’autant mieux se cotiser pour financer des lieux de culte.
Nul
besoin donc de remettre en question la laïcité. La vraie solution ne se trouve
pas dans une révision de la loi de 1905, mais dans une authentique politique
sociale. Peut-on d’ailleurs oublier ce que le cadre de l’intégration doit à la
mise à distance des emprises cléricales catholiques sur la sphère
publique ? Cette laïcisation a signifié l’émancipation du droit par rapport
à toute vision religieuse particulière, son ouverture à l’universel du fait de
l’émancipation de ses références. Qui peut oublier la disparition de la notion
religieuse de chef de famille, le droit au divorce, l’émancipation de la vie
sexuelle, la liberté reconnue de décider d’avoir un enfant, le progrès de
l’égalité des sexes, bref l’avènement d’une liberté réelle de se choisir et de
définir son mode d’accomplissement, à mesure que la loi commune se
laïcisait ?
Le
souci de l’égalité des religions est certes louable, mais l’exigence d’égalité
républicaine doit prendre en considération les divers croyants, les athées et
les agnostiques. La sociologie du « changement spirituel » ne peut
s’arrêter au constat de la montée de l’Islam. C’est tout le paysage spirituel
qui a changé, et non le seul paysage religieux. Une enquête CSA-La Vie-Le Monde
de mars 2003 faisait apparaître que l’athéisme et l’agnosticisme sont le fait
d’environ 40 % de la population française. Pour assurer l’égalité de
traitement de toutes les options spirituelles, faudra-t-il financer également
sur fonds publics des maisons de l’humanisme athée, voire des temples
maçonniques ? En réalité, la communautarisation de l’argent public n’est
évidemment pas souhaitable, au regard de ce que requiert le soin à apporter au
bien commun à tous.
Quant
à la réintroduction d’un financement public des lieux de culte, elle ne
pourrait sans discrimination être réservée aux seules mosquées. Les
protestants, les catholiques, les Israélites, en demanderaient également le
bénéfice, car en république aucune loi n’est sélective, et l’on ne peut
reconnaître aux uns ce qu’on refuse aux autres. Certains partisans de la
révision antilaïque de la loi de 1905 déguisent leur volonté de bénéficier des
deniers publics en défense de l’« opprimé musulman ». Mais gageons
que s’ils obtiennent le financement public de mosquées, ils demanderont
ensuite, logiquement, celui de temples protestants ou d’églises catholiques.
Dans le même esprit, la volonté d’étendre le périmètre du « cultuel »
à des activités culturelles et sociales est une façon de rétablir un
financement indirect des cultes. Si les mots ont encore un sens, on ne saurait
confondre ce qui est culturel, et partant d’intérêt général, avec ce qui est
cultuel, qui n’engage par définition que les adeptes d’un culte. Le brouillage
de la distinction est une manœuvre grossière pour rétablir le financement
indirect du culte par le biais du financement direct de la culture. Dans de
telles hypothèses, ce n’est pas une « adaptation », mais une
destruction de la laïcité, que l’on propose. À cet égard, la déductibilité
fiscale des versements au denier du culte a déjà esquissé ce rétablissement en
infraction avec l’article 2 de la loi de 1905. Cela s’est fait à la faveur d’un
glissement illégitime de ce qui est d’intérêt général (par exemple l’action
humanitaire du Secours Catholique ou du Secours Populaire en faveur des plus
démunis) à ce qui est d’intérêt particulier (le culte n’engageant que ses
fidèles). Veut-on généraliser cette confusion qui n’a rien d’innocent ? Ne
soyons pas dupes de ce qui apparaît comme un prétexte pour déconstruire les
lois laïques.
Quant
à l’argument du financement comme instrument de contrôle et de prévention
contre des interventions étrangères, il est à la fois juridiquement
irrecevable, moralement blessant pour les croyants, et politiquement injuste
pour les athées. Il relève d’une logique néo-gallicane et concordataire,
diamétralement opposée à la laïcité. « On paye, donc on
contrôle »...Est-ce à dire, si l’on pense à l’Islam, qu’on ne mettra une
mosquée publique à la disposition d’un imam que s’il a d’abord montré patte
blanche et satisfait à un examen de conformité à ce qui est jugé religieusement
et politiquement correct ? C’est oublier qu’il appartient aux seuls
fidèles d’une religion d’en juger, et d’en tirer les conséquences. Quant à la
République, la seule chose qu’elle soit en mesure d’exiger, au nom de tous les
citoyens, et elle est essentielle, c’est que tout responsable religieux, qu’il
soit étranger ou non, respecte dans ses prêches les lois du droit commun qui
permettent à tous de vivre ensemble. Pour cela, il n’est pas besoin de payer.
Un imam qui dans ses discours appelle à battre une femme adultère, ou à faire
violence à une femme qui ne porte pas le voile, tombe évidemment sous le coup
de la loi, et quelle que soit sa nationalité, l’arsenal juridique de la
République suffit pour le sanctionner. Il en irait de même pour des religieux
qui appelleraient les fidèles à entraver les actes médicaux de l’interruption
volontaire de grossesse, comme l’ont fait des commandos anti-IVG d’inspiration
protestante intégriste aux USA.Pour les fidèles musulmans, il est d’ailleurs
choquant que l’on fasse une sorte de chantage en maniant la carotte du
financement public. Pour les citoyens athées, il est illégitime qu’on les
conduise ainsi à financer une croyance religieuse qu’ils ne partagent pas.
Laïcité
et progrès social
Comment
donc résoudre le problème soulevé sans détruire l’émancipation laïque ? À
l’évidence en assurant à tous les hommes, immigrés ou non, des conditions de
vie décentes, telles qu’elles leur permettent de choisir et de pratiquer
librement leurs options spirituelles respectives. Ne nous trompons pas de
revendication, notamment lorsqu’il s’agit de corriger des inégalités. Ne
clouons pas non plus les individus à un groupe, et le groupe à une religion. Ce
double amalgame détruit deux niveaux essentiels de liberté : celui qui
affranchit chaque personne de toute tutelle communautariste, et celui qui fait
que la richesse multiforme d’un être humain ne saurait se résorber dans une
appartenance religieuse.
Veut-on
favoriser ceux qui croient et oublier ceux qui souffrent, dans les hôpitaux,
qu’ils soient croyants ou athées ? La misère de certains hôpitaux, le peu
de considération financière pour l’admirable travail des infirmières
mériteraient davantage les deniers publics que la construction de lieux de
cultes qui ne concernent que certains citoyens. Il en va de même pour les
logements sociaux, si cruellement insuffisants là où se joue l’intégration des
populations issues de l’immigration. Et aussi, sans doute, des écoles publiques
comme de tous les lieux de culture, qu’un volontarisme politique mieux affirmé
par un effort financier de toute la nation se devrait de promouvoir, avec
notamment un soutien scolaire et un encadrement plus poussés pour les élèves en
difficulté. Après plus de 150 auditions, la commission Stasi avait rappelé
toute l’importance de ce volet social, conjugué avec la réaffirmation de la laïcité.
On
invoquera pour finir les « besoins spirituels » des hommes dans un
monde en perte supposée de repères. Mais la spiritualité ne se réduit pas à sa
version religieuse. L’art, la philosophie, la recherche scientifique, sont des
activités spirituelles. L’humanisme rationaliste n’a rien à envier aux
spiritualités religieuses, qui d’ailleurs gagnent à se dissocier des projets de
domination cléricale ou des quêtes de privilèges publics. La puissance du
témoignage spirituel n’est-elle pas directement proportionnelle à son
désintéressement ? On ne niera pas que la croyance religieuse puisse être
éventuellement le levier d’une certaine espérance. Mais l’on niera qu’elle soit
le seul possible. C’est avoir peu d’égards pour les humanistes athées ou agnostiques
que de dénier à leur option spirituelle un tel caractère. Albert Camus
rappelait que la lutte pour la vie ici-bas suffit à remplir un coeur d’homme.
La religion n’a ni le monopole du cœur ni celui de l’espérance. Gabriel Péri
résistant athée rejoint Honoré d’Estienne d’Orves catholique résistant :
tous deux fusillés par les nazis étaient unis dans l’espérance d’une liberté
future des peuples. On ne fera pas de discrimination entre l’engagement
humaniste de l’un et la foi religieuse de l’autre. « Celui qui croyait au
ciel, celui qui n’y croyait pas, qu’importe comment s’appelle cette clarté sur
leurs pas, que l’un fût de la chapelle et l’autre s’y dérobât » (Louis
Aragon).
Les
besoins spirituels universels sont ceux d’une culture riche et exigeante,
ouverte à tous et conçue comme un instrument de mixité sociale cultivée par le
haut. L’élévation globale du partage du savoir et de la raison que
l’instruction publique rend « populaire », selon le mot de Condorcet,
fait au moins autant partie des besoins spirituels du peuple que la seule
conviction religieuse, version particulière respectable tant qu’elle ne
s’impose pas ou ne demande pas de privilège. Les services publics promoteurs de
solidarité et de redistribution sont aujourd’hui une priorité, y compris sur le
plan spirituel.